Restrictions bancaires en Namibie sur les transactions en crypto-monnaie
févr., 15 2026
En Namibie, utiliser des crypto-monnaies comme le Bitcoin n’est pas interdit… mais c’est presque impossible. Les banques locales bloquent les comptes des particuliers, les entreprises qui veulent opérer sont enfermées dans un système de licence provisoire qui dure des mois, et le central bank continue de dire que les crypto-monnaies ne sont pas une monnaie légale. Ce n’est pas une interdiction totale. Ce n’est pas non plus une ouverture. C’est un piège légal.
Les banques bloquent les comptes, même sans loi
En 2018, la Bank of Namibia (BON) a publié un avertissement clair : les crypto-monnaies ne sont pas une monnaie légale, elles ne sont pas soutenues, et si vous perdez de l’argent, vous êtes seul. Ce n’était pas une loi. C’était une déclaration. Mais les banques l’ont prise comme une ordonnance. Depuis, des clients ont vu leurs comptes chez NedBank et Standard Bank gelés simplement parce qu’ils participaient à un club d’investissement en Bitcoin. Aucune cour n’a été impliquée. Aucun jugement. Juste un appel téléphonique de la banque : « Votre compte est sous restriction. »
Les juristes namibiens réagissent avec colère. La BON n’a pas le pouvoir de créer des lois. Elle ne peut pas décider qui peut ou ne peut pas avoir un compte bancaire. Pourtant, elle le fait. Et personne ne la contredit. Pourquoi ? Parce que les banques ont peur. Peur d’être sanctionnées par la réglementation internationale. Peur d’être accusées de financer le blanchiment. Alors elles préfèrent couper les clients plutôt que de risquer un scandale.
La loi de 2023 : un cadre pour les entreprises, pas pour les gens
En juin 2023, le Parlement namibien a adopté la
Virtual Assets Act (Loi sur les actifs virtuels). C’était un tournant. Pour la première fois, le pays reconnaissait officiellement que les crypto-monnaies existent… et qu’elles doivent être régulées. La loi a créé un système de licence pour les entreprises qui veulent offrir des services liés aux crypto : échanges, portefeuilles, paiements. Tous doivent s’enregistrer auprès de NAMFISA, l’autorité de supervision financière.
Mais attention : cette loi ne protège pas les particuliers. Elle ne leur permet pas d’acheter du Bitcoin sur une plateforme locale. Elle ne leur donne pas le droit d’utiliser une crypto pour payer leur loyer. Elle ne fait que créer un tunnel étroit pour les entreprises - et encore, ce tunnel est rempli de pièges.
Les licences provisoires : un jeu de patience de six mois
En janvier 2025, la BON a accordé des autorisations provisoires à trois entreprises : Landifa Bitcoin Trade CC, United PayPoint et Mindex Virtual Asset Exchange. Cela semblait être une bonne nouvelle. Mais la réalité est différente.
Pendant ces six mois, ces entreprises ne peuvent
aucunement interagir avec des clients namibiens. Pas de vente. Pas de service. Pas même un site web accessible depuis la Namibie. Elles doivent passer ce temps à embaucher du personnel, installer des systèmes de sécurité, mettre en place des outils de traçabilité. Et tout cela sans un seul centime de revenu.
Certains ont demandé des prolongations. Landifa a obtenu un délai jusqu’au 31 juillet 2025. United PayPoint jusqu’au 13 mai. Mindex jusqu’au 21 novembre. Pourquoi ? Parce que la BON vérifie chaque détail. Chaque ligne de code. Chaque procédure anti-blanchiment. Et si un seul élément ne correspond pas, la licence est annulée. Pas de deuxième chance. Pas d’explication. Juste un courrier : « Votre demande est rejetée. »
La règle du voyage : surveiller chaque transaction au-dessus de 1 000 $
La Namibie a adopté la
Travel Rule - une norme internationale qui oblige les plateformes de crypto à collecter et transmettre les identités des expéditeurs et des destinataires pour toute transaction supérieure à NAD 20 000 (environ 1 000 USD). Cela signifie que si vous envoyez 1 200 USD en Bitcoin à un ami, la plateforme doit vous demander : votre nom, votre numéro de pièce d’identité, votre adresse, votre numéro de téléphone. Et elle doit envoyer tout cela à l’autre côté.
C’est une mesure raisonnable pour lutter contre le blanchiment. Mais en pratique, elle rend les transactions individuelles presque impossibles. Qui veut partager ses données personnelles pour envoyer 500 $ à un ami en Afrique du Sud ? Personne. Et les entreprises qui veulent offrir ce service doivent investir des millions dans des systèmes de surveillance en temps réel. Ce n’est pas une innovation. C’est un fardeau.
Le paradoxe : la loi existe, mais le Bitcoin reste illégal
Voici la contradiction la plus étrange : la Namibie a une loi pour réguler les crypto-monnaies… mais la Bank of Namibia continue de dire que le Bitcoin n’est pas une monnaie légale et qu’elle « ne reconnaît pas la technologie blockchain ». Cela signifie que même si une entreprise a une licence, elle ne peut pas légalement permettre à un Namibien d’acheter du Bitcoin. Elle ne peut pas légalement lui permettre de le dépenser. Elle ne peut pas légalement lui permettre d’en faire un investissement.
C’est comme si le gouvernement autorisait une usine à fabriquer des voitures… mais interdisait à tout le monde de les conduire. Les entreprises sont là. Les systèmes sont prêts. Les employés sont embauchés. Mais les clients ? Interdits.
Les conséquences pour les utilisateurs : peur, incertitude, exclusion
Les particuliers sont les plus grands perdants. Ils ne peuvent pas :
- Ouvrir un compte sur une plateforme locale
- Utiliser une application de paiement en crypto
- Recevoir un salaire en Bitcoin
- Envoyer de l’argent à un membre de la famille à l’étranger avec une crypto
Et s’ils essaient quand même ? Ils risquent de se faire fermer leur compte bancaire. Ils risquent de se faire surveiller. Ils risquent de se faire accuser de fraude, même sans preuve.
Les jeunes entrepreneurs, les travailleurs indépendants, les expatriés - tous ceux qui veulent utiliser la technologie pour contourner les lenteurs du système bancaire traditionnel - sont exclus. La Namibie a une population jeune, connectée, mais elle refuse de leur donner les outils pour avancer.
Qu’est-ce qui va changer ?
Personne ne sait. Les trois entreprises avec licences provisoires attendent encore. Les autres veulent entrer, mais n’osent pas. Les banques continuent de bloquer les comptes. La BON ne donne aucun calendrier pour une ouverture complète.
Certains pensent que la Namibie va devenir un hub régional pour les crypto-entreprises. D’autres disent qu’elle va rester bloquée dans cette zone grise - ni interdite, ni autorisée - jusqu’à ce que la pression internationale ou une crise financière la forcent à agir.
Pour l’instant, la seule chose certaine, c’est que la technologie blockchain ne sera pas adoptée par les Namibiens. Pas tant que les banques décideront à leur place.
Pourquoi les banques namibiennes interdisent-elles les transactions en crypto-monnaie si ce n’est pas illégal ?
Les banques ne suivent pas une loi, mais un avertissement de la Bank of Namibia de 2018. Ce n’est pas une interdiction légale, mais elles l’utilisent comme un guide pour éviter tout risque. Si un client utilise des crypto-monnaies, les banques craignent d’être sanctionnées par les organismes internationaux de lutte contre le blanchiment. Alors elles préfèrent bloquer les comptes plutôt que de risquer une amende ou une perte de confiance.
Les entreprises de crypto peuvent-elles opérer en Namibie aujourd’hui ?
Seules trois entreprises ont une autorisation provisoire, et elles ne peuvent pas interagir avec le public. Elles doivent passer six mois à se préparer - embaucher, installer des systèmes, prouver leur conformité - sans faire aucun business. Même si elles sont prêtes avant, la BON doit inspecter et approuver manuellement. Aucune entreprise ne peut encore offrir de service aux Namibiens.
Quelle est la différence entre une licence provisoire et une licence complète ?
Une licence provisoire permet à une entreprise de se préparer dans un environnement contrôlé, sans vendre ou offrir des services. Une licence complète autorise l’entreprise à opérer normalement, à accepter des clients, à traiter des transactions. Mais la BON peut refuser la licence finale à tout moment, même après six mois, si elle juge que les conditions ne sont pas entièrement remplies.
La règle du voyage (Travel Rule) s’applique-t-elle aux particuliers ?
Non, la règle du voyage s’applique uniquement aux entreprises de services d’actifs virtuels (VASPs), pas aux particuliers. Mais si vous utilisez une plateforme locale pour envoyer plus de 1 000 $ en crypto, cette plateforme vous demandera votre identité et celle du destinataire. Vous n’avez pas le choix. Si vous refusez, la transaction est bloquée.
Le Bitcoin est-il légal en Namibie en 2025 ?
Techniquement, non. La Bank of Namibia affirme toujours que le Bitcoin n’est pas une monnaie légale et qu’elle ne le reconnaît pas. Même avec la loi de 2023, les particuliers n’ont pas le droit légal d’utiliser des crypto-monnaies pour des paiements ou des investissements. La loi encadre les entreprises, pas les citoyens.
Daniel Schädler
février 17, 2026 AT 02:22La situation en Namibie est un parfait exemple de paralysie bureaucratique. Les banques agissent comme des gardiens du passé, effrayées à l’idée que la technologie puisse les rendre obsolètes. Elles n’ont pas le pouvoir de créer des lois, mais elles en créent de facto en bloquant des comptes. C’est une forme de tyrannie douce, où la peur remplace la logique. La Bank of Namibia a publié un avertissement, pas une loi, et pourtant, tout le système bancaire s’y plie comme si c’était un commandement divin. Résultat : les citoyens sont punis pour avoir utilisé une technologie qui, en d’autres pays, est déjà intégrée dans les systèmes financiers. Ce n’est pas de la prudence, c’est de la lâcheté institutionnelle.
Yves Pepin
février 17, 2026 AT 04:32Je trouve ça triste. Les gens veulent juste envoyer de l’argent à leur famille, pas faire de la finance de guerre. La Namibie a l’air d’avoir peur de tout ce qui bouge. Même les entreprises qui veulent faire les choses proprement sont bloquées pendant six mois sans revenu. C’est comme si on avait créé un labyrinthe pour les courageux.
Tristan Brault
février 17, 2026 AT 21:07On est face à une contradiction ontologique : la loi reconnaît l’existence des actifs virtuels, mais l’autorité monétaire nie leur statut de monnaie. C’est une schizophrénie juridique. Le système namibien fonctionne comme une machine à produire de l’incertitude. Les entreprises sont mises dans une zone grise où elles doivent investir des millions sans aucun retour, juste pour prouver qu’elles ne sont pas des escrocs - alors qu’elles sont les seules à respecter la réglementation. La Travel Rule, appliquée sans nuance, transforme chaque transfert de 1 000 $ en un interrogatoire policier. Et pour qui ? Pour protéger un système bancaire qui n’offre rien de mieux que des frais exorbitants et des délais de trois jours pour un virement interne. La technologie n’est pas le problème. Le problème, c’est la peur du changement, masquée sous un discours de conformité. La blockchain n’est pas une menace. C’est un miroir qui reflète la faiblesse des institutions.
Romain Thevenin
février 18, 2026 AT 01:09Je comprends la prudence des banques, vraiment. Dans un monde où les risques de blanchiment sont réels, il faut être vigilant. Mais la manière dont la Namibie gère ce problème est un désastre. Au lieu de construire un cadre progressif, avec des étapes claires, des délais raisonnables, et un dialogue avec les acteurs du secteur, on a créé un mur de papier. Les entreprises qui ont obtenu une licence provisoire ne sont pas des fraudeurs - ce sont des pionniers. Elles ont payé, elles ont embauché, elles ont investi dans des systèmes de conformité. Et pourtant, elles ne peuvent rien faire. Pas un seul client. Pas un seul transfert. C’est comme si on avait construit une usine de voitures, puis on avait interdit les routes. Le vrai danger, ici, ce n’est pas la crypto. C’est l’inaction. Et cette inaction punit les jeunes, les entrepreneurs, les travailleurs indépendants - ceux qui ont le plus besoin d’alternatives. Il faudrait une réforme radicale, pas une série de pièges administratifs. La Namibie pourrait être un leader en Afrique de l’Ouest. Au lieu de ça, elle s’entête dans une posture de retrait. Et ça coûte cher. Pas aux banques. Aux citoyens.
Jeanette Lesbirel
février 19, 2026 AT 21:25Donc, pour résumer : pas de Bitcoin, mais on laisse les entreprises se casser la tête pendant six mois sans rien faire. C’est n’importe quoi.