Les défis de l'adoption du vote blockchain dans les élections

Les défis de l'adoption du vote blockchain dans les élections

févr., 2 2026

Le vote blockchain promet plus de transparence, mais il n’est pas encore prêt pour les élections réelles

Imaginons un système où chaque bulletin de vote est enregistré sur une chaîne de blocs, impossible à modifier, visible pour tous, et sécurisé par la technologie. Cela semble idéal, non ? Pourtant, malgré les promesses, le vote blockchain n’a jamais été utilisé avec succès dans une élection nationale majeure. Et pour cause : chaque avancée technique ouvre une nouvelle faille, chaque solution crée un nouveau problème.

Les systèmes de vote traditionnels ont leurs défauts - papiers perdus, files d’attente interminables, fraudes locales - mais ils ont un avantage fondamental : ils sont compris. Les électeurs savent ce qu’est un bulletin papier. Ils voient le vote se dérouler. Ils savent où aller. Le vote blockchain, lui, demande de faire confiance à une boîte noire. Et quand il s’agit de décider qui dirige un pays, la confiance ne peut pas être basée sur des algorithmes.

La sécurité est un mirage : le malware est toujours là

Les partisans du vote blockchain disent que la chaîne de blocs empêche la falsification. C’est vrai - mais seulement après que le vote a été envoyé. Ce qu’ils omettent, c’est que le vote est saisi sur un appareil personnel : un téléphone, un ordinateur, une tablette. Et ces appareils sont infectés. Des logiciels malveillants peuvent modifier votre vote avant même qu’il ne quitte votre écran. Ils peuvent le supprimer. Ils peuvent même vous forcer à voter d’une certaine manière en vous menaçant de révéler votre identité si vous ne le faites pas.

Il n’existe aucun moyen fiable de savoir si votre appareil est propre. Les antivirus classiques ne détectent pas les malwares de niveau système qui agissent en arrière-plan. Et si des acteurs étatiques veulent perturber une élection, ils peuvent envoyer ce malware à des millions d’appareils en quelques heures. Les systèmes de vote blockchain ne peuvent pas bloquer cela. Ils ne peuvent que constater qu’un vote a été enregistré - pas s’il a été altéré avant.

Les lois ne suivent pas la technologie

En France, en Allemagne, au Canada, les lois électorales ont été écrites pour des bulletins papier, des urnes physiques et des observateurs en personne. Aucune ne prévoit comment vérifier un vote enregistré sur une blockchain. Qui est responsable si un vote est perdu ? Qui paie si la chaîne est attaquée ? Quelle autorité peut ordonner une révision si un bogue fait que 10 000 votes ne sont pas comptés ?

La réglementation est l’obstacle le plus lent, mais aussi le plus lourd. La loi GDPR en Europe exige que les données personnelles soient effacées sur demande. Mais la blockchain est conçue pour être immuable : une fois enregistré, un vote ne peut pas être supprimé. C’est un conflit fondamental. Comment respecter la vie privée si vous ne pouvez pas effacer un vote ? Et comment garantir la transparence si vous ne pouvez pas vérifier ce qui s’est passé après coup ?

Une urne ancienne recouverte de nœuds blockchain pulsant comme des plaies infectées, entourée de fantômes numériques.

Les électeurs ne comprennent pas - et ne font pas confiance

En 2025, une étude menée dans plusieurs pays pilotes a montré que 78 % des électeurs qui ont utilisé le vote blockchain pensaient que leur bulletin avait été compté correctement. C’est une bonne note. Mais regardez le reste : 91 % d’entre eux préféraient ce système pour la confidentialité, pas pour la sécurité. Pourquoi ? Parce qu’ils pensaient que c’était plus privé, pas plus fiable.

La plupart des gens ne savent pas ce qu’est une blockchain. Ils ne comprennent pas la différence entre une chaîne de blocs et un simple site web. Quand un électeur voit un message qui dit « Votez en toute sécurité sur notre plateforme blockchain », il pense que c’est une garantie. Ce n’en est pas une. C’est un mot à la mode. Et quand un vote est mal compté, les gens ne cherchent pas à comprendre pourquoi - ils s’en vont, convaincus que le système est corrompu.

La vérification d’identité : un problème non résolu

Comment savoir que la personne qui vote est bien celle qu’elle prétend être ? Dans un bureau de vote, on présente une pièce d’identité. En ligne, il n’y a pas de visage. Les systèmes de vote blockchain tentent de résoudre cela avec des identités numériques - empreintes digitales, cartes d’identité électroniques, codes biométriques. Mais ces systèmes ne sont pas universels. Ils ne sont pas accessibles à tous. Les personnes âgées, les sans-abri, les immigrés sans papiers, les personnes vivant dans des zones rurales : ils n’ont pas accès à ces technologies.

Et même si tout le monde avait une identité numérique, elle peut être volée. Un pirate peut copier une empreinte digitale ou pirater une carte d’identité électronique. Une fois qu’il a cela, il peut voter à votre place - et la blockchain ne saura pas la différence. Les smart contracts peuvent vérifier qu’un vote est unique, mais ils ne peuvent pas vérifier que la personne qui vote est légitime.

Les coûts sont énormes - et les bénéfices, incertains

Un système de vote traditionnel coûte cher : des urnes, des bulletins, des employés, des transports. Mais il est connu. Il est stable. Il est financé depuis des décennies.

Un système blockchain ? Il faut des serveurs sécurisés, des experts en cryptographie, des audits continus, des mises à jour logicielles, des formations pour les électeurs, des centres d’assistance technique, des systèmes de sauvegarde, des certificats numériques. Et tout cela doit fonctionner pendant des semaines, parfois des mois, avant, pendant et après l’élection.

Les études montrent que le coût initial d’un système blockchain est souvent deux à trois fois plus élevé que celui d’un système traditionnel. Et il n’y a pas de preuve que cela augmente la participation ou réduit la fraude. Les pays qui ont testé le vote blockchain - comme la Suisse pour les votes municipaux ou l’Estonie pour les élections partielles - n’ont pas vu de hausse significative de la participation. Ils ont juste dépensé plus d’argent.

Un enfant regardant une tablette qui reflète une figure masquée, derrière lui des visages hurlants prisonniers d'une chaîne.

Les plateformes existantes ne sont pas la solution

Des entreprises comme Voatz, Follow My Vote ou Polyas proposent des systèmes de vote blockchain. Elles disent que leurs technologies sont sécurisées. Elles ont des partenariats avec des universités et des municipalités. Mais aucune n’a été testée dans une élection nationale. Aucune n’a résisté à une attaque réelle de grande envergure.

Polyas, par exemple, fonctionne bien pour les votes internes dans les entreprises ou les associations. Mais dans un contexte gouvernemental, les exigences changent. Il faut une transparence totale, une vérification indépendante, et une capacité à faire un recomptage - ce que la blockchain ne permet pas facilement. Et quand un vote est contesté, comment faire une révision si la chaîne est immuable ?

Transparence ou confidentialité ? On ne peut pas avoir les deux

La blockchain est célèbre pour sa transparence. Tout le monde peut voir les transactions. Mais dans un vote, vous ne voulez pas que quelqu’un sache comment vous avez voté. C’est la base de la démocratie : le vote secret.

Les développeurs ont essayé de résoudre ce problème avec des protocoles cryptographiques complexes - comme les preuves à divulgation nulle de connaissance (ZK-SNARKs). Ils permettent de prouver qu’un vote est valide sans révéler son contenu. C’est impressionnant. Mais ces systèmes sont lents, difficiles à vérifier, et nécessitent une expertise rare. Et même avec eux, il existe des risques : si la clé de chiffrement est compromise, tout peut être déchiffré.

Les tests montrent que la confiance des électeurs augmente de 67 % quand ils savent qu’ils peuvent vérifier leur vote sans révéler leur choix. Mais cette confiance repose sur une technologie qu’ils ne comprennent pas. Et quand la technologie échoue - et elle échouera - cette confiance s’effondre.

Le futur ? Des votes à faible enjeu, pas des élections nationales

Le vote blockchain ne va pas remplacer les bulletins papier dans les élections présidentielles. Pas maintenant. Pas dans les dix prochaines années.

Il pourrait être utilisé pour des votes internes : les élections de syndicats, les votes des étudiants dans les universités, les décisions des coopératives, les référendums locaux. Dans ces contextes, les enjeux sont plus faibles, les électeurs sont plus nombreux à être technologiquement à l’aise, et les coûts peuvent être absorbés.

Et même là, il faut des garanties : des audits indépendants, des systèmes de rechange en cas de panne, des formations pour les électeurs, et des lois claires. Sans cela, le vote blockchain devient juste une autre forme de fraude - plus sophistiquée, mais pas plus fiable.

La technologie n’est pas le problème. Le problème, c’est de croire qu’une chaîne de blocs peut remplacer la confiance humaine. Les élections ne sont pas des transactions bancaires. Elles sont des actes démocratiques. Et pour que la démocratie fonctionne, il faut que les gens croient en elle - pas en un algorithme.

Pourquoi le vote blockchain ne peut-il pas être utilisé pour les élections nationales ?

Le vote blockchain ne peut pas être utilisé pour les élections nationales parce qu’il ne résout pas les problèmes fondamentaux de sécurité : les appareils des électeurs peuvent être infectés par des malwares avant même que le vote ne soit envoyé, il n’existe aucun moyen fiable de vérifier l’identité en ligne, et les lois électorales actuelles ne reconnaissent pas la blockchain comme un moyen légal de vote. De plus, l’immuabilité de la blockchain empêche les corrections en cas d’erreur, ce qui est inacceptable dans un processus démocratique.

Le vote blockchain est-il plus sûr que le vote en ligne traditionnel ?

Non, pas nécessairement. Le vote en ligne traditionnel et le vote blockchain partagent les mêmes vulnérabilités de base : les appareils des électeurs, les réseaux, les logiciels malveillants. La blockchain ne protège pas le vote avant qu’il soit envoyé. Elle ne protège pas votre téléphone. Elle ne protège pas votre identité. Elle ne fait que stocker le vote après coup. Si un vote est falsifié avant d’être envoyé, la blockchain le stockera tel quel - et ne pourra pas le corriger.

Quels sont les principaux pays qui testent le vote blockchain ?

L’Estonie a été l’un des premiers pays à expérimenter le vote en ligne, mais pas avec une blockchain publique. La Suisse a utilisé des systèmes blockchain pour des votes municipaux et des élections d’associations. L’Ecosse a testé une plateforme pour les votes internes des partis politiques. Aux États-Unis, des villes comme Miami et Utah ont mené des pilotes limités pour les électeurs à l’étranger. Aucun de ces systèmes n’a été étendu à des élections nationales.

Le vote blockchain garantit-il l’anonymat des électeurs ?

Il peut le faire, mais c’est extrêmement complexe. Des protocoles cryptographiques avancés comme les ZK-SNARKs permettent de vérifier qu’un vote est valide sans révéler son contenu. Mais ces systèmes sont lents, coûteux, et difficiles à auditer. Même dans les tests, les électeurs ne comprennent pas comment cela fonctionne. Et si une faille est découverte, tout le système peut être compromis. L’anonymat n’est pas automatique - il doit être conçu avec soin, et même alors, il reste fragile.

Pourquoi les gouvernements hésitent-ils à adopter le vote blockchain ?

Les gouvernements hésitent parce que les risques dépassent les bénéfices. Le coût est élevé, la technologie est encore immature, les lois ne sont pas adaptées, et les électeurs ne la comprennent pas. En cas d’échec, la confiance dans la démocratie pourrait être gravement endommagée. Il est plus facile de maintenir un système connu, même imparfait, que d’adopter une technologie inconnue avec des conséquences imprévisibles.

Le vote blockchain pourrait-il un jour remplacer le vote papier ?

Peut-être, mais pas avant longtemps. Il faudrait d’abord résoudre les problèmes de sécurité des appareils, créer des identités numériques fiables et universelles, adapter les lois, former des millions d’électeurs, et prouver que ce système est plus fiable que le papier - ce qui n’a jamais été fait. Même dans les pays les plus avancés, le vote papier reste le plus sûr. La technologie doit prouver sa valeur, pas la promettre.