Imaginez un pays qui possède des gigawatts d'électricité en surplus, mais qui lutte contre des tarifs énergétiques exorbitants et des centrales au charbon qui tournent à seulement 15 % de leur capacité. C'est exactement le paradoxe du Pakistan. Pour transformer ce gaspillage en profit, le gouvernement a lancé un pari audacieux : allouer 2 000 MW d'électricité spécifiquement pour le minage de cryptomonnaies et les centres de données d'intelligence artificielle. Ce n'est pas juste un petit test, c'est l'un des plus grands projets d'État au monde pour soutenir l'écosystème Bitcoin.
Le Pakistan a un problème de « trop d'énergie ». Avec un surplus total de 7 000 MW, le pays perd des milliards de roupies chaque année parce que ses centrales sont inactives. En allouant 2 000 MW - soit environ 28,5 % de ce surplus - au minage de Bitcoin, le gouvernement ne se contente pas de stabiliser son réseau électrique, il crée une nouvelle source de revenus massifs.
Les chiffres sont vertigineux. Selon l'expert Daniel Batten, cette capacité pourrait générer environ 17 000 BTC par an. Si l'on regarde les cours actuels, on parle d'un potentiel de 1,8 milliard de dollars. Pour attirer les mineurs, l'État a proposé un tarif préférentiel tournant autour de 23-24 roupies (environ 0,08 $) par kWh. C'est un prix extrêmement compétitif comparé aux moyennes mondiales qui oscillent souvent entre 0,03 $ et 0,15 $ selon les régions.
| Région / Initiative | Coût estimé au kWh | Statut de l'énergie |
|---|---|---|
| Initiative Pakistan | ~0,08 $ | Surplus gouvernemental |
| Moyenne Mondiale (Bas) | 0,03 $ | Énergie renouvelable/hydro |
| Moyenne Mondiale (Haut) | 0,15 $ | Réseaux domestiques standards |
Le minage à grande échelle ne se fait pas avec quelques ordinateurs dans un garage. Il faut des infrastructures robustes. Le Pakistan s'appuie déjà sur 22 centres de données répartis entre Lahore, Karachi et Islamabad, gérés par des acteurs comme PTCL, Multinet ou Cybernet.
L'initiative ne se limite pas au Bitcoin. L'intégration de centres de données pour l'intelligence artificielle permet de diversifier les usages de l'électricité. Par exemple, l'Université de Turbat a déjà montré la voie en lançant son propre centre de données couplé à un projet solaire de 1 MW en 2023. Cette approche hybride, mêlant énergie fossile sous-utilisée et solaire, rend le pays attractif pour les géants de la tech qui cherchent à réduire leurs coûts d'exploitation.
Tout n'est pas rose pour autant. Le Fonds Monétaire International (FMI) voit d'un mauvais œil ces subventions énergétiques. Pour le FMI, offrir de l'électricité à prix réduit à des entreprises de minage crée un terrain de jeu inégal pour le secteur privé et pose la question de la viabilité budgétaire à long terme.
Le Dr Fakhray Alam Irfan, secrétaire à l'Énergie, a confirmé que le FMI s'interroge sur la manière dont le gouvernement passera un jour de ces tarifs subventionnés vers des prix de marché. C'est un point de tension majeur : le Pakistan veut booster son économie numérique, mais il doit respecter les conditions strictes de ses créanciers internationaux pour maintenir sa stabilité financière.
Le tournant a eu lieu en avril 2025, avec l'introduction du premier cadre politique régissant les opérations de cryptomonnaies et les sociétés d'actifs numériques. Contrairement à la Chine qui a banni le minage en 2021, le Pakistan a choisi l'intégration.
Le recrutement de figures marquantes, comme l'ancien PDG de Binance, Changpeng Zhao, en tant que conseiller stratégique pour le Pakistan Crypto Council, prouve que le pays veut jouer dans la cour des grands. L'objectif est clair : créer des milliers d'emplois technologiques et attirer des investissements étrangers directs dans un moment où le pays a désespérément besoin de capitaux.
Passer de la théorie à la pratique demande une coordination millimétrée. Le gouvernement doit jongler entre la gestion du réseau électrique, la stabilité de la grille et les normes de conformité internationales. Un point crucial est le respect des exigences du GAFI (Groupe d'action financière). Le Pakistan travaille activement pour sortir de la liste grise du GAFI, et tout cadre réglementaire sur les cryptos doit être blindé contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.
La courbe d'apprentissage est raide. Les fonctionnaires doivent désormais comprendre les spécificités du hash rate, la gestion thermique des fermes de minage et l'impact des cycles de halving du Bitcoin sur la rentabilité des installations. Si la Phase 1 (les 2 000 MW) réussit, le pays pourrait étendre massivement sa capacité, transformant potentiellement la géographie mondiale du minage.
Le pays possède un surplus d'électricité de 7 000 MW et des centrales au charbon sous-utilisées. En allouant 2 000 MW au minage, il transforme une capacité perdue en revenus financiers et attire des investissements technologiques.
Le gouvernement a proposé un tarif subventionné own d'environ 23 à 24 roupies pakistanaises, soit environ 0,08 $ par kWh, ce qui est très attractif pour les opérations de minage industriel.
Le FMI s'inquiète principalement des subventions énergétiques, craignant qu'elles ne faussent la concurrence et qu'elles soient impossibles à supprimer sans créer de choc économique.
Pas encore totalement, car le projet est en phase de déploiement et doit encore résoudre des questions de conformité avec le GAFI et stabiliser son cadre réglementaire.
Le PCC est l'organe officiel qui gère la stratégie, coordonne l'allocation des 2 000 MW et fait le pont entre le gouvernement et les acteurs internationaux de la blockchain.