Banque centrale iranienne : les mineurs doivent vendre leurs cryptos à l'État

Banque centrale iranienne : les mineurs doivent vendre leurs cryptos à l'État

mars, 2 2026

En Iran, les mineurs de cryptomonnaies n’ont plus le choix : ils doivent vendre leurs bitcoins et autres actifs numériques à la Banque centrale. Cette règle, entrée en vigueur en janvier 2025, n’est pas une simple mesure fiscale. C’est une stratégie nationale pour contrôler les flux de devises, contourner les sanctions américaines et stabiliser une économie en crise.

Un système où l’État prend tout

Avant 2025, les mineurs iraniens pouvaient garder leurs cryptos, les échanger sur des plateformes locales ou les vendre à l’étranger. Mais depuis que la Banque centrale d’Iran (CBI) a été désignée comme l’autorité unique en matière de cryptomonnaies, tout a changé. Désormais, chaque mineur, qu’il travaille dans un garage ou dans une ferme industrielle de 175 mégawatts, doit déclarer ses revenus et vendre 100 % de ses cryptomonnaies à la banque centrale.

Le prix d’achat est fixé par la CBI, et il est souvent inférieur au cours du marché noir. Pourquoi ? Parce que l’État veut contrôler non seulement les actifs, mais aussi leur valeur. Les cryptos sont converties en rials à un taux officiel, puis utilisées pour financer des projets d’infrastructure ou pour acheter des biens à l’étranger - sans passer par le système bancaire international.

Les mineurs ne sont pas des citoyens ordinaires

L’Iran n’interdit pas la mine. Au contraire, il l’encourage. Le pays est le 5e plus grand mineur mondial, avec environ 4,5 % de la puissance de calcul mondiale. Ce n’est pas un hasard. Les États-Unis ont coupé l’accès du Iran au système bancaire mondial, alors Téhéran a créé sa propre voie : la mine de cryptos.

Les grandes fermes sont souvent contrôlées par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC). Elles utilisent de l’électricité à prix réduit, parfois volée au réseau national. En 2024, des coupures de courant massives ont touché Téhéran, Mashhad et Tabriz. Les autorités ont accusé les mines illégales. Depuis, la CBI exige que chaque mineur soit licencié. Sans licence, pas de courant. Sans licence, pas de vente. Et sans vente, pas de profit.

Les données, la clé du contrôle

Les mineurs doivent connecter leurs équipements à des API gouvernementales. Chaque transaction, chaque watt consommé, chaque bitcoin généré est enregistré en temps réel. La Banque centrale a accès à tous les logs, y compris les adresses IP, les numéros de série des ASIC et les comptes bancaires des mineurs.

Le ministère des Affaires économiques et des Finances a travaillé avec le Conseil du Cyberspace pour créer ce système. Les plateformes locales de crypto, comme IranCoin ou ParsEx, ont refusé de coopérer. Elles disent que c’est une violation de la vie privée. Mais la CBI a répondu : « Pas de données, pas de licence. »

Un mineur iranien dans un garage sombre, regardant un écran qui affiche la confiscation forcée de ses cryptomonnaies par l'État.

Un marché parallèle qui résiste

Malgré tout, des milliers d’Iraniens continuent d’échanger des cryptos en secret. Le rial perd 30 % de sa valeur chaque année. Les gens veulent sauver leur argent. Des groupes sur Telegram, des marchés dans les quartiers populaires de Qom ou d’Isfahan - tout cela existe. Les transactions se font en cash, en or, ou en Bitcoin, hors du système officiel.

En décembre 2024, environ un million d’Iraniens n’ont pas pu acheter de cryptos pendant 23 jours consécutifs. Les banques ont bloqué tous les paiements vers les échanges. Les gens ont crié. Les autorités ont répondu : « Ce n’est pas pour vous. C’est pour l’État. »

Les conséquences énergétiques

La mine de cryptos consomme autant d’électricité que toute la ville de Shiraz. Et l’Iran n’a pas assez d’énergie pour tout le monde. Les foyers ont des coupures de 8 heures par jour. Les hôpitaux fonctionnent avec des générateurs. Les mines légales ont droit à des lignes dédiées, mais les mines illégales continuent de voler du courant.

En 2025, les autorités ont fermé 12 grandes fermes clandestines. L’une d’elles, à Rafsanjan, avait une puissance de 175 mégawatts - équivalente à une ville de 150 000 habitants. Elle appartenait à un groupe lié à l’IRGC et à des investisseurs chinois. Elle a été saisie. Tous les ASIC ont été confisqués. Les bitcoins ont été transférés à la Banque centrale.

Un donjon souterrain où des monnaies numériques sont forgées à partir de billets détruits, entouré de mineurs prisonniers de leurs machines.

Un système qui marche… pour qui ?

La Banque centrale est devenue le seul acheteur de cryptos en Iran. Elle vend ensuite ces actifs à des entreprises publiques pour acheter des machines, des médicaments ou des composants électroniques - tout ce que les sanctions empêchent d’importer.

En 2024, les mines iraniennes ont produit environ 1 milliard de dollars en Bitcoin. La moitié est allée à la CBI. L’autre moitié a disparu dans le marché noir. L’État gagne en contrôle, mais perd en transparence. Les mineurs gagnent en sécurité, mais perdent en profit.

Le système fonctionne. Mais il repose sur une seule idée : la confiance. Les Iraniens doivent croire que l’État les protège. Les mineurs doivent croire que vendre à la banque est mieux que de risquer la prison. Et les investisseurs étrangers doivent croire que l’Iran est un endroit stable pour les infrastructures.

Et maintenant ?

La CBI prépare un « rial numérique » sur l’île de Kish. Ce sera une version contrôlée de la crypto, utilisable uniquement en Iran. Pas de décentralisation. Pas d’anonymat. Juste une monnaie d’État, pilotée par la Banque centrale.

Les mineurs ne sont plus des entrepreneurs. Ils sont des fournisseurs. Leurs machines ne créent pas de richesse. Elles créent des devises pour l’État. Et chaque bitcoin miné devient un outil de survie économique - pas pour le citoyen, mais pour le pouvoir.

Pourquoi la Banque centrale iranienne oblige-t-elle les mineurs à vendre leurs cryptos ?

Pour contrôler les flux de devises étrangères, contourner les sanctions américaines et éviter la fuite de capitaux. En obligeant les mineurs à vendre leurs cryptos à un prix fixé par l’État, la Banque centrale peut convertir ces actifs en rials et les utiliser pour acheter des biens essentiels à l’étranger - sans passer par les banques internationales.

Les mineurs peuvent-ils garder une partie de leurs cryptos ?

Non. La loi exige que 100 % des cryptomonnaies minées soient vendues à la Banque centrale. Toute tentative de conserver, d’échanger ou de transférer des cryptos hors du système officiel est considérée comme illégale et peut entraîner des amendes, la saisie des équipements ou des poursuites judiciaires.

Quel est le prix d’achat des cryptos par la Banque centrale ?

Le prix est fixé par la CBI chaque semaine, et il est généralement 20 à 40 % inférieur au cours du marché noir. Par exemple, si un Bitcoin vaut 60 000 dollars sur le marché international, la Banque centrale l’achète à 35 000 dollars en équivalent rials. Ce décalage permet à l’État de réaliser un profit et de contrôler la valeur des actifs.

Comment la Banque centrale surveille-t-elle les mineurs ?

Tous les mineurs licenciés doivent connecter leurs équipements à des API gouvernementales. La Banque centrale reçoit en temps réel des données sur la consommation d’électricité, les adresses IP, les numéros de série des ASIC, et les transactions de cryptos. Toute activité non déclarée est détectée et sanctionnée.

Quels sont les risques pour un mineur qui ne se conforme pas ?

Les risques sont élevés : saisie immédiate des machines, blocage du compte bancaire, interdiction d’accès à l’électricité, et même arrestation. En 2025, plus de 200 mineurs ont été arrêtés pour avoir tenté de vendre des cryptos hors du système officiel. La loi iranienne considère cela comme une atteinte à la sécurité économique nationale.